OPINION / LE PUTSCH DE MOTSEPE CONTRE LE FOOTBALL AFRICAIN : ÉTO’O, LE RECOURS INÉVITABLE

Le 17 janvier 2026 restera comme une date sombre pour le football local africain. Sous le fallacieux prétexte de la rentabilité, Patrice Motsepe a acté le démantèlement des acquis du continent. Entre la mort programmée du CHAN et la marginalisation de Samuel Eto’o fils, la trajectoire actuelle de la Confédération Africaine de Football ressemble davantage à une succursale de la FIFA qu’à une institution au service des Africains.

L’AFFAIRE DU CHAN : QUAND LE BUSINESS TUE LA PASSION

L’annonce est tombée comme un couperet : le Championnat d’Afrique des Nations (CHAN) est supprimé, remplacé par une « Ligue des Nations Africaines ».

Pourquoi cette décision est un non-sens :

Le mépris du local : En affirmant que le CHAN fait « perdre de l’argent », Patrice Motsepe oublie que le sport est un investissement social. Le CHAN était la seule vitrine pour les joueurs n’ayant pas la chance d’évoluer en Europe.

LE CHAN : UNE RENTABILITE EN PLEINE ASCENSION

Contrairement à l’idée d’un gouffre financier, le CHAN n’a jamais été aussi attractif qu’en 2025. Sous l’impulsion de la dynamique de la CAN, la CAF avait elle-même décidé de revaloriser massivement le tournoi :

Dotation Globale : Une hausse de 32 % a été enregistrée en 2025, portant la cagnotte totale à 10,5 millions USD.

Prime du Vainqueur : Le champion du CHAN (le Maroc en 2025) a empoché 3,5 millions USD (soit environ 2,1 milliards FCFA), une augmentation spectaculaire de 75 % par rapport aux éditions précédentes.

Comment une compétition « qui fait perdre de l’argent » peut-elle voir ses dotations exploser de la sorte quelques mois avant d’être supprimée ? C’est ici que le bât blesse : le CHAN commençait enfin à devenir bankable grâce à l’intérêt des diffuseurs pour le talent local.

LA LIGUE DES NATIONS

Un pari sur l’élitisme

La future Ligue des Nations Africaines est présentée comme la poule aux œufs d’or. La CAF prévoit un doublement de ses recettes globales pour l’exercice 2025-2026, visant les 312 millions USD.

Le danger caché

Si la Ligue des Nations promet des revenus supérieurs, elle le fait au prix d’une exclusion. Là où le CHAN investissait dans le « Made in Africa », la Ligue des Nations risque de concentrer les richesses sur les 10 ou 15 nations les plus riches du continent, creusant davantage le fossé avec les plus petites fédérations.

Analyse : En sacrifiant le CHAN, la CAF ne règle pas un problème de déficit ; elle choisit de remplacer un outil de développement sportif par un produit purement commercial calibré pour les diffuseurs internationaux.

LA CAN TOUS LES 4 ANS

Cette volonté de calquer la CAN sur l’Euro ou la Coupe du Monde est une hérésie. En Afrique, la CAN est un catalyseur de développement infrastructurel. Passer à un rythme de 4 ans, c’est diviser par deux les chances pour nos pays de se doter de stades modernes et d’aéroports.

LA FRONDE DES PRESIDENTS

Le climat électrique lors du dernier comité exécutif, où plusieurs présidents de fédérations ont quitté la salle, prouve que la vision de Motsepe est déconnectée de la base.

SAMUEL ETO’O : LE « CRIME » DE L’INDEPENDANCE

La sanction infligée à Samuel Eto’o (4 matchs de suspension et 11,3 millions de FCFA d’amende) après le match Cameroun-Maroc est le symbole d’une justice à géométrie variable.

L’INSUPPORTABLE « DEUX POIDS, DEUX MESURES »

Pendant qu’Eto’o est cloué au pilori pour avoir défendu les Lions Indomptables face à un arbitrage jugé défaillant, le silence de la CAF est assourdissant concernant Fouzi Lekjaa. Le président de la Fédération marocaine, pourtant aperçu dans une colère similaire à quelques mètres de Patrice Motsepe lors de Maroc-Nigeria, semble jouir d’une immunité diplomatique.

LE CONSTAT EST AMER

On ne sanctionne pas Eto’o pour son comportement, on le sanctionne pour ce qu’il représente : une voix libre qui refuse de se soumettre aux diktats d’une administration sous influence.

2027 : ETO’O, LE RECOURS INEVITABLE ?

Malgré cette tentative de déstabilisation, Samuel Eto’o Fils n’a jamais semblé aussi proche du sommet de la CAF. Sa popularité ne cesse de croître pour trois raisons majeures :

LA RESISTANCE

En s’opposant fermement à la CAN tous les 4 ans, il s’est rallié les présidents de fédérations qui refusent la vassalisation du football africain.

L’EXPERTISE

Il est le seul candidat capable de parler de football sous l’angle technique, économique et politique avec une crédibilité mondiale.

LE NATIONALISME SPORTIF

Pour beaucoup, Eto’o est le dernier rempart contre la transformation de la CAF en une simple machine à cash pour les intérêts extra-africains.

La tension observée dans les couloirs de la CAF n’est pas qu’une querelle d’ego. C’est une lutte pour l’âme du football africain. Entre la gestion managériale froide de Motsepe et la passion réformatrice d’Eto’o, le choix des fédérations africaines pour la prochaine présidence sera déterminant. L’Afrique du football ne veut pas d’une Ligue des Nations artificielle, elle veut le respect de son identité.

MARCELIN EYINGA

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