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ÉDITORIAL/ LA CAF ET LA POLITIQUE POLITICIENNE

Le jury d’appel de la confédération africaine de football (CAF) a fait tremble le monde du sport et du football la nuit du mardi 17 mars par sa décision de délester le Senegal de son titre de champion d’Afrique et de l’attribuer au Maroc. Une telle décision a ému l’Afrique du football et, à y voir de près, elle n’est que l’expression d’une confédération engluée dans les jeux d’influence et de passe-passe. Le jury d’appel a fait sans doute plus de politique que de foot.

C’est l’histoire d’un vieux qui est accusé d’avoir mis dans le sac qu’il tient en main un coq qu’il aurait volé. Acculé par les propriétaires, le vieux s’en remit à un autre vieux et lui pose la question non tendancieuse : « Frère, regarde avec tes yeux de personne sage, s’il y a un coq dans ce sac ». L’interlocuteur ouvre grand les yeux, regarde dans le sac et lâche, sèchement : « Non, il n’y a pas de coq dans ce sac. Désolé. »
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Dans le sud du Togo, cette anecdote a pour objet d’insinuer que, parfois, pour sauver ce qui doit l’être et surtout ménager les susceptibilités, il faut omettre de ne pas dire la vérité. Je veux rapporter cette sagesse togolaise à la décision du jury d’appel de la CAF. Supposons en effet que, comme il le dit et le clame, l’article 82 et suivant l’autorise à prendre une telle décision. A-t-il envisagé les conséquences ? A-t-il fait attention au timing ? A-t-il pensé qux problèmes que sa décision créerait dans le football africain ? Le jury d’appel s’est-il demandé si une telle décision faisait plus de bien que mal au football africain ? Je le dis sans ambages : dans sa forme, cette décision a beau revêtir la tunique de la légalité ou de la justice, n’apporte aucune plus-value au football africain.
Car en vérité, des jurés sont souvent appelés à considérer les contextes avant de faire prévaloir l’esprit et la lettre de la loi. De bons jurés y font attention mais ceux-là qui baissent la tête et qui se cachent derrière les murs étanches de la légalité n’arrangent rien. Que gagne le Maroc en fait d’une telle décision ? La consolation morale d’avoir eu raison sur tous les gens qui l’ont hué et critiqué ? Que gagne le Maroc a se voir attribuer un trophée à la suite de tours de passe-passe dans les bureaux du Caire ?
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Je considère que dans ce dossier de la CAN 2025, la CAF s’est empêtrée dans la boue de la politique politicienne. Les protestations et les caprices du Maroc ont produit leurs effets. Le scandale du report in extremis de la CAN dames alors même que plusieurs nations avaient déjà financé leurs stages d’avant CAN a sans doute fait réfléchir la CAF. Continuer à dire non au Maroc, tourner le dos à ses volontés et refuser d’assouvir ses caprices pourrait bouleverser le très fragile équilibre de la CAF : c’est le pays qui joue depuis peu les sapeurs pompiers, accueillant sans discuter tous les tournois des nations que la CAF organise ; c’est le pays qui tient à bout de bras la CAF. Il fallait faire quelque chose pour montrer sa bonne volonté, son soutien. Le jury d’appel a joué le jeu.
Le Maroc est-il satisfait ? Soulagé ? Peut-on passer à autre chose ? Ce que je vais ajouter, c’est que l’Afrique malheureusement est très talentueuse dans la perte de temps. Le Sénégal ne va pas croiser les bras et se voir traiter de voleur de trophée ou de briseur de règles. Du coup, le feuilleton s’annonce long et mouvementé. Pendant ce temps, on va baisser la garde sur des sujets importants, on va se disperser et se diffuser dans des batailles impertinentes. Quand on reviendra sur terre, quand on se décidera à reprendre les choses où on les a laissées, on va constater que l’Asie, les Amériques et l’Europe ont encore fait des pas devant nous. Il faut s’en indigner et préciser ceci : le jury d’appel de la CAF a fait de la politique, sans considérer les seuls intérêts du football africain. TRISTE !







